Les Américains préfèrent les produits bio
Le Monde - 20 juin 1998


Le camouflet est historique. "Depuis le début du développement des plantes transgéniques, on n'a jamais observé pareille contestation", lâche à Waschington Tioyhy Galvin, l'un des responsables de l'USDA, l'équivalent américains du ministère de l'agriculture. Voilà un mois, son ministre, Dan Glickman, a jeté l'éponge. En réponse à plus de 200.000 courriers de protestation, il a renoncé à son projet d'intéger, à la liste nationale des ingrédients autorisés pour produire des aliments biologiques, des organismes génétiquement modifiés (OGM) traités par irradiation ou fertilisés avec des boues de déchets agricoles.

Une telle réaction apparaîtrait comme presque anodine en Europe. Aux Etats-Unis, elle semble assez incongrue. D'autant qu'à cette fronde des consommateurs bio se sont joints quelques douzaines de membres du Congrès. Pis, le chantre des biotechnologies agricoles lui-même, la compagnie Monsanto, a enjoint par courrier le ministre de surseoir de trois ans à sa proposition...

"Trop tôt ! L'opinion américaine n'est pas prête", constate Gary Barton, porte-parole de la firme dr St Louis (Missouri). Il fait toutefois remarquer que les OGM concernés au premier chef sont des plantes qui synthétisent la même toxine que celle utilisée par les cultivateurs bio : l'insecticide d'origine bactérienne Bt. "Il vaut sans doute mieux démontrer les avantages écologistes des plantes transgéniques, qui réduisent considérablement l'usage des pestices chimiques, pour prouver que notre concept agricole n'est pas si éloigné de celui de l'agricultre bio", ajoute-t-il.

Un échec gouvernemantal

A l'orgine, la proposition ministérielle visait seulement à doter l'agricultre biologique d'un statut national et d'un cahier des charges conforme aux exigences internationales, afin de favoriser les exportations. Mais le gouvernement a tenté de faire d'une pierre deux coups, en utilisant le label prestigieux de "biologique" pour mieux vendre au reste du monde ses maïs, sojas et ses colzas manipulés. Avec la perspective d'imposer dans la foulée le label "bio" pour certains OGM au Codex Alimentarius, qui est en quelque sorte le bureau international des normes alimentaires. Ce pari à haut risque a échoué.

Car, ici comme ailleurs, les consommateurs bio refusent de manger tout produit qui n'existe pas à l'état naturel. "En ce qui concerne le pesticide Bt, je le pulvérise seulement de temps à autre sur du sainfoin, lorsque les labours, les rotations de cultures ou les insectes naturellement présents n'ont pas réussi à éliminer certains ravageurs. Mais le fait qu'une plante synthétise en continu une toxine Bt risque de rendre ces ravageurs résistants au produits. Nous ne disposerions plus dans ce cas de pesticide naturel pour défendre nos cultures", explique Jim Durst, qui cultive des fruits et des légumes bio près de Sacramento (Californie).

En fait, plus q'une lame de fonf contre les plantes transgéniques, cette bataille manifeste plutôt une nouvelle exigence de qualité. Du moins chez une partie des consommateurs américains. En témoigne le succès spectaculaire de plusieurs chaines de magasins de produits naturels, comme Fresh Fields. Les ventes de produits bio, qui ont dépassé l'an dernier 21 milliards de francs, connaissent un taux de croissance annuel de 20%.

 

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