Antennes relais :
Les riverains font de la résistance
par Delphine Chayet
Le Figaro - 28 octobre 2002


La mobilisation contre les antennes relais s'étend à Paris, poussant à bout les opérateurs de téléphonie mobile. « Nous ne pourrons plus continuer longtemps à travailler dans ces conditions », confient-ils, encore partagés entre désarroi et franche indignation. Sur le terrain, la tension est manifestement montée d'un cran depuis l'été. En quelques mois, de nombreux collectifs de riverains se sont créés pour empêcher les travaux d'implantation de stations. Les opérateurs ont ainsi été repoussés, à plusieurs reprises, rue Planchat (XXe), rue de l'Aqueduc (Xe), rue Mar cadet (XVIIIe) et boulevard Gabriel-Péri (XIVe). Les associations dénombrent de leur côté plus d'une dizaine de situations explosives. « Longtemps limitée à une bataille administrative, la contestation est descendue dans la rue », confirme Alain Liberge, directeur de l'environnement et de la responsabilité sociale chez Orange.

Opérateurs et riverains se retrouvent donc au pied des immeubles, dans un face-à-face de plus en plus tendu. Prévenus de l'arrivée d'une grue, les contestataires se passent le mot par téléphone, selon un système rodé. « En une demi-heure, une soixantaine de personnes peut se rassembler. C'est ce qu'on appelle la manif minute », détaille Etienne Cendrier, chez Priarterm (pour une réglementation des implantations d'antennes relais de téléphonie mobile). Un bouclier humain barre aussitôt le passage du grutier, empêchant l'installation des antennes. Le siège dure le temps autorisé pour les travaux et l'opérateur écarté doit reprendre la procédure de zéro. « L'opposition physique constitue notre seule arme contre les opérateurs qui pratiquent la politique du fait accompli. Leurs méthodes sont insupportables », explique la présidente d'un collectif de quartier.

D'autres ont placé la bataille sur le terrain juridique, en attaquant les - rares - permis de construire ou l'inobservation des règles d'urbanisme. Le moyen d'action s'avère « assez efficace », selon une avocate spécialisée dans ce contentieux, en dépit « de procédures extrêmement longues ». Conséquence, selon Stéphane Kerckhove, membre d'Agir pour l'environnement : « Les opérateurs ne trouvent plus de lieu où s'implanter. Ils concentrent donc les antennes sur un même site, souvent en catimini, et aggravent l'exaspération. » Mille stations environ sont en place sur les toits de Paris, dont 187 sur le domaine de la Ville. La couverture est aujourd'hui jugée « globalement satisfaisante ». Les opérateurs répondent maintenant à l'augmentation du trafic et préparent l'ouverture du réseau de troisième génération, amené à prendre le relais.

Chez SFR, l'exaspération est donc à son comble. « Nous assistons à une véritable campagne de désinformation qui joue sur les peurs collectives, dénonce son directeur de communication. Il faudra bien que l'Etat prenne ses responsabilités en se prononçant plus clairement sur les normes appliquées. Sont-elles, ou non, suffi santes ? » Dans une lettre adressée vendredi au ministère de la Santé, l'opérateur demande ainsi aux autorités sanitaires « d'apporter des réponses aux associations de parents d'élèves » de Saint-Cyr-l'Ecole, inquiets de la présence d'antennes sur une école de la ville.

Le débat sur l'application du principe de précaution, demandé depuis toujours par les associations a par ailleurs été récemment relancé. Il est venu cette fois du monde de l'assurance. Les risques liés aux effets des ondes pourraient en effet être exclus des polices de responsabilité civile. C'est déjà le cas chez Axa qui précise qu'« aucune étude chiffrée ne permet encore d'évaluer et de tarifer ces risques ».

Dans ce contexte houleux, la charte parisienne est toujours en négociation. Le document contractuel, liant la mairie aux opérateurs, prévoit notamment une information des habitants et une concertation en amont. Les opérateurs fondent leurs espoirs dans ce « texte exemplaire » pour calmer les esprits. « A Lyon, où une charte a été adoptée, les blocages ont été rapidement levés », remarquent-ils. En attendant, la Ville n'a pas renouvelé ses contrats avec les opérateurs. L'Office public d'aménagement et de construction de Paris (Opac), qui a signé pour 235 antennes, a aussi gelé en septembre dernier toute nouvelle implantation. En janvier déjà, le premier bailleur social de la capitale avait imposé aux opérateurs une clause de respect des « principes généraux de précaution afin de garantir la santé des locataires ». Autant d'arguments que la Ville pourra brandir le jour venu pour obtenir des concessions d'opérateurs pressés de voir une fin « au climat de psychose ».

 

> Imprimez cet article X Fermer la fenêtre