TELEPHONE MOBILE
Face aux antennes-relais, la manif express
Le Parisien - 10 octobre 2002

La guerre contre l'installation des antennes-relais est relancée. Les riverains s'organisent, et, à Paris, les mères de famille inventent la manif express. Ailleurs en France, le gouvernement rappelle ses priorités pour qu'aucune zone ne soit oubliée. CONTRE le foisonnement des antennes-relais de téléphonie mobile, le bras de fer est bien engagé. Hier, deux associations ­ Agir pour l'environnement et Priartem ­ ont exigé du gouvernement qu'il durcisse la réglementation sur l'implantation de ces antennes dont plus personne ne veut près de chez soi.

En attendant ces normes plus sévères, de plus en plus de riverains brandissent le principe de précaution pour passer à l'action. Dans le XVIII e arrondissement de Paris, au pied de la butte Montmartre, les parents d'élèves sont sur le pied de guerre. Ils n'attendent qu'un signal, un simple coup de téléphone pour sonner le rappel des troupes. Dix minutes plus tard, ils seront une bonne trentaine à faire le siège d'un triste immeuble de la rue Marcadet (XVIII e ). C'est là, sur le toit qui jouxte l'école maternelle du square Lamarck, que doivent s'implanter six antennes qui font déjà hurler tout le quartier.

« Même si je suis à l'autre bout de Paris, je n'hésiterai pas à rappliquer »

En apprenant fin septembre le projet d'Orange, filiale de France Télécom, la directrice de l'école avait sonné le tocsin. Quinze jours plus tard, c'est une petite armée en marche, mobilisable en un temps record grâce à une chaîne téléphonique, qui attend les ouvriers chargés d'installer les antennes. Le principe est aussi simple que génial : dès qu'un casque de chantier pointe à l'horizon, « l'alerte rouge » est donnée. Françoise appelle Patrick, Valérie et Gaëlle. A charge pour ces trois parents d'en joindre deux autres, et ainsi de suite. « C'est vrai, les choses sont plutôt bien organisées », concède Françoise Meyer, la directrice de cette petite maternelle (140 élèves) qui a distribué aux trente parents concernés une feuille avec marche à suivre, numéros de téléphone au travail ou à domicile. et même portable ! Pour participer à cette chaîne, les parents, très amusés par l'idée, ne se sont pas fait prier. « Le succès est incroyable. On s'est contentés de trente noms, mais on aurait pu en mettre le double. J'ai juste mis les plus motivés en tête de liste. Certains ont d'ailleurs été un peu vexés de ne figurer qu'en bout de chaîne. » « Même si je suis à l'autre bout de Paris pour mon boulot, je n'hésiterai pas à rappliquer », sourit Denis Vanzetto, un ingénieur du son de 43 ans. Comme lui, tous sont convaincus qu'un blocus autour du futur chantier est le seul moyen de se débarrasser des antennes-relais. « Personne aujourd'hui n'est capable de nous affirmer qu'elles ne sont pas nocives pour la santé », juge Florence Lebreton. « Dans d'autres pays, les normes d'installation et d'émission des ondes sont beaucoup plus sévères. Tant qu'on n'en saura pas plus, il n'est pas question de faire prendre le moindre risque à nos enfants. »

Charles de Saint Saveur

 

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