AFP - 15 janvier 2008
Deux associations réclament l’interdiction du portable pour enfants


Deux associations de défense de l’environnement ont réclamé mardi au ministère de la santé l’interdiction à la vente du seul téléphone portable destiné aux enfants actuellement sur le marché au nom du principe de précaution, sans aucun succès.

"On est très déçus", ont indiqué à l’AFP Janine Le Calvez, de Priartém, et Stephen Kerchkhove, d’Agir pour l’environnement, après avoir été reçus par trois membres du cabinet de la ministre Roselyne Bachelot.

Tous deux avaient demandé à voir la ministre après l’arrivée sur le marché du Mo1, un téléphone portable de la firme espagnole Imaginarium à destination des plus de 6 ans.

Deux téléphones pour enfants avaient déjà été lancés en France depuis 2005 mais les distributeurs avaient renoncé à le vendre à la suite de pressions des associations. Cette fois-ci, le fabricant étant le distributeur, les associations ont demandé aux pouvoirs publics d’interdire la vente de ce téléphone, le jugeant inutile et risqué pour la santé.

Les associations avaient demandé à tout le moins le lancement d’une grande campagne d’information.

Mardi, les deux responsables ont déploré que le ministère ne leur ait fait aucune proposition, mais que la réunion ait servi de "chambre d’enregistrement". Selon la présidente de Priartém, "il n’y a eu aucun engagement ni sur l’interdiction du téléphone, ni sur la campagne d’information".

Les membres du cabinet ont fait valoir, selon les associations, que l’interdiction du téléphone pourrait être contournée sur l’internet et donc qu’il valait mieux "ne pas réglementer". Quant à la campagne d’information, ils ont promis d’y "réfléchir", mais seulement dans le cadre d’une plaquette du ministère. "Quand on dissocie l’acte d’achat et l’information, on en perd 99%", a estimé M. Kerchkhove, suggérant par exemple une notice sur le téléphone du genre "un usage prolongé peut nuire à la santé", comme sur les paquets de cigarettes.

Mardi matin, Mme Bachelot s’était déclarée sur une radio "pas enthousiaste en tant que mère de famille", mais prudente en tant que ministre. Pour Stephen Kerchkhove, "c’est de la schizophrénie d’être inquiète en tant que mère et de ne pas interdire en tant que ministre".

Les deux responsables envisagent de porter plainte contre X, pour mise en danger de la vie d’autrui. "L’Etat nous laisse en tête à tête avec l’industriel", a commenté Stephen Kerchkhove. "Sauf bonne surprise dans les jours à venir, on n’a pas le choix", a ajouté Mme Le Calvez.

Interrogé par l’AFP, Faride Hamana, président de la fédération de parents d’élèves FCPE, a estimé l’objet inutile, les enfants ne se servant pas de téléphones portables avant le collège, voire le lycée, et surtout pour envoyer des SMS. Pour lui, c’est un produit qu’il faut "interdire", les enfants servant seulement de "cible marketing".

Même son de cloche à la fédération PEEP, qui demande aussi l’interdiction. "Ce n’est pas l’objet qui garantit le lien mais la qualité de la relation et du dialogue", a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Sans se prononcer sur le danger, rien n’étant "prouvé" à ce jour, Anne Viallat, secrétaire générale du syndicat des médecins scolaires, a considéré elle aussi que c’était un objet inutile pour les jeunes enfants.

Des études sont en cours, dont une étude internationale sous l’égide de l’OMS, et une autre de l’Agence de sécurité sanitaire. Les résultats partiels de l’étude de l’OMS laissent entrevoir certains risques en cas d’usage important et prolongé. Mardi, des experts britanniques ont appelé à la prudence face à l’usage immodéré chez les enfants.

> Imprimez cet article X Fermer la fenêtre