Le Figaro - 05 février 05

Le portable pour les moins de 10 ans suscite l'inquiétude
par Muriel Frat


Faut-il réglementer l'usage du téléphone portable pour les personnes sensibles, en particulier les enfants ? Alors qu'une proposition de loi allant dans ce sens circule actuellement à l'Assemblée nationale, les associations de défense des usagers mènent une guérilla sans merci contre la commercialisation du mobile pour les 4-8 ans, baptisé «Babymo». Elles mettent en avant d'éventuels risques pour la santé des très jeunes utilisateurs.

Leur mobilisation s'avère payante. Le BHV, qui vendait l'appareil «depuis la mi-décembre», a décidé hier d'en «suspendre la vente, au nom du principe de précaution». Il y a une semaine, l'enseigne Carrefour avait, elle aussi, retiré de ses rayons les portables conçus pour les tout-petits. «Je suis tombé dans le piège, confie Roger Fedenfieu, un Toulousain de 59 ans. Je pensais que c'était un cadeau original et amusant pour l'anniversaire de ma petite-fille de 3 ans. Mais je ne lui ai pas offert car j'ai appris depuis que cela pouvait se révéler dangereux.»

Des sites Internet et quelques boutiques continuent de proposer des portables pour les enfants. Une offre qui répond à une vraie demande sociale. «On s'équipe de plus en plus jeunes, analyse Cécile Seguin, chargée de clientèle chez TNS Media Intelligence. Le portable représente une sécurité à la fois pour les enfants et les parents.» Pour preuve, l'étude Consojunior 2004 menée par l'institut : 1% des 2-7 ans possèdent un mobile. Dans la tranche d'âge 8-10 ans, le taux d'équipement grimpe à 6,3%. Chez les 10-13 ans, il atteint 24,5%, soit une progression de 3% par rapport à 2002. Pour la moitié des 8-10 ans et 67% des 10-13 ans, le mobile «est devenu indispensable». Interrogés sur leur motivation, 81% des 8-10 ans et 85% des 10-13 ans disent vouloir un appareil pour «être joignables partout».

C'est aussi l'argument avancé par les parents. Cordon ombilical entre le collégien et sa famille, le portable rassure. «Mon mari et moi rentrons tard le soir. La certitude que notre fils de 12 ans et demi peut nous joindre à tout moment me tranquillise», affirme Valérie, jeune cadre dynamique dans une agence de publicité. Thomas possède un portable depuis l'âge de 11 ans : « C'est son père qui le lui a offert, raconte sa mère Nathalie, chargée de communication, divorcée depuis cinq ans. J'étais plutôt hostile à cet achat mais, finalement, cela me permet de lui parler directement quand il part en week-end ou en vacances avec mon ex-mari. Et puis, il est raisonnable, il ne dépasse jamais son forfait de deux heures par mois.» Contrairement à sa soeur Juliette, 12 ans, véritable «textomaniaque», qui «fait régulièrement exploser son forfait». «Juliette change de portable comme de chemise. Elle en est à son cinquième en deux ans. C'est devenu un accessoire de mode», constate Nathalie, impuissante devant les pratiques compulsives de sa fille.

L'usage - intensif ou modéré - du portable relève pourtant de la responsabilité des parents. Paul Devigny, président de la Confédération nationale des associations familiales catholiques, craint que les adultes ne profitent des nouveaux moyens technologiques qui leur sont offerts pour démissionner. «On fait du business sur le dos des familles, s'insurge-t-il. La publicité est faite de telle sorte que les enfants deviennent des objets. C'est aux parents de décider à quel âge équiper leur rejeton, pour combien de temps, dans quelles conditions.»

«Les jeunes sont la cible de campagnes de promotion agressives, renchérit Janine Le Calvez, responsable de l'association Priartem. On profite de l'angoisse des parents et du caractère sécurisant du portable pour les inciter à équiper des bambins. Pourquoi ne leur parle-t-on jamais des recommandations de prudence formulées par les scientifiques ?»


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