ZDNet France - 26 janvier 2005

Un téléphone mobile pour enfants indésirable dans la grande distribution
Par Christophe Guillemin


Sécurité - Suite aux pressions de deux associations, Carrefour retire de la vente un mobile destiné aux enfants. Le BHV est aussi dans leur ligne de mire. De son côté, le distributeur assure que son téléphone présente moins de danger que n’importe quel autre.

Le 25 janvier deux associations, très combatives sur la question des ondes de téléphonie mobile, se sont élevées contre la vente, notamment dans les supermarchés Carrefour, d'un téléphone destinée aux «enfants de 4 à 8 ans».

Agir pour l'environnement (APE) et Priartem (Pour une réglementation des implantations d'antennes-relais de téléphonie mobile), ont qualifié d'«irresponsable» la décision de Carrefour de commercialiser ce produit, baptisé "BabyMo". «À titre amiable et préalablement à toute action judiciaire en référé à l'encontre de la société Carrefour, Agir pour l'Environnement et Priartem demandent l'arrêt immédiat de toute publicité et diffusion de ce portable», indiquent-elles dans un communiqué et une lettre adressée à la direction du groupe de distribution.

Carrefour a vite réagi: le 26 janvier, il annonçait publiquement qu'il le retirait du marché en France et en Belgique. «Le déférencement est en cours», a déclaré à ZDNet une porte-parole du numéro un européen de la grande distribution. «La principale raison est le respect du principe de précaution. Par ailleurs, ce produit ne remporte aucun succès en terme de ventes. Nous en avons vendu seulement deux exemplaires en France et trois en Belgique». Carrefour le commercialisait depuis l'automne 2004. Il est néanmoins toujours référencé sur le site internet discount du groupe, Oopromo.com.

«Les preuves scientifiques s'accumulent et nous pouvions attaquer pour "existence d'un trouble manifestement illicite"», explique à ZDNet Janine Le Calvez, présidente de l'association Priartem.

Carrefour retire le portable de la vente

Elle fait notamment référence à un récent rapport paru outre-Manche, qui déconseille fortement l'usage de téléphones cellulaires par des enfants de moins de 9 ans. Une recommandation formulée le 11 janvier par un collège d'experts britanniques, le National Radiological Protection Board (NRPB). Ce rapport appelle à une «approche prudente» concernant l'usage d'un mobile, particulièrement par des jeunes enfants, indiquant que leur «boîte [crânienne] n'est pas encore complètement formée, leur système nerveux pas complètement développé, et les radiations pénètrent plus loin dans leur cerveau».

Ce modèle, fabriqué en Chine par la société CK Telecom, est également commercialisé depuis l'automne dernier par le BHV (groupe Galeries Lafayette). Les deux associations lui ont aussi envoyé une lettre de protestation. Interrogé par ZDNet, sa direction n'a pas retourné nos appels. Contacté dans l'un des magasins BHV de la région parisienne, un vendeur nous confie que le produit ne remporte aucun succès. «Nous n'en avons pas vendu un seul depuis son entrée au catalogue en novembre». Il faut dire qu'il y est vendu 149 euros, alors qu'ailleurs on peut le trouver autour de 100 euros.

Par ailleurs, le vendeur confirme qu'il n'est fait nullement mention, sur l'emballage ou dans la notice, de son indice de radiation, appelé "valeur DAS" (débit d'absorption spécifique) ou SAR (specific absorption rate). Une communication que recommande pourtant tous les rapports récents écrits sur le sujet, dont celui du NRPB britannique.

Le distributeur européen défend son produit

Cet appareil est distribué en Europe par les sociétés ITT (France, Italie, Belgique et Luxembourg) et Communic8 (Royaume-Uni). Communic8 a déjà annoncé qu'il mettait fin à sa distribution le 11 janvier dernier, soit le jour où paraissait le rapport du NRPB.

ITT, basée en Belgique, ne compte pas encore stopper sa diffusion. «Si vous utilisez ce portable en respectant quelques règles indiquées sur le manuel – pas plus de 6 minutes par jour, avec les oreillettes, sans dormir à côté – cela est peu dangereux», assure à ZDNet Gilles Capelluto, l'un des agents commerciaux d'ITT chargés de ce produit.

«De plus, nous avons choisi une puce volontairement peu puissante avec un DAS de 0,47 watt par kilogramme (W/kg) contre 1,5 pour un téléphone classique». Selon lui, ce combiné doit être utilisé comme un «téléphone d'alerte», que l'on confie à son enfant de manière ponctuelle et non permanente.

En France, ce téléphone est toujours disponible chez de petits commerçants en ligne tels que Planetediscount.fr ou Master-mov.com. «Nous ne pouvons pas nous attaquer à tous les revendeurs, nous avons ciblé les plus importants», précise Janine Le Calvez de Priartem.

Quant au géant du cybermarché à prix cassés, Cdiscount.com (groupe Casino), qui, selon l'AFP, vendait également le BabyMo, il nous a démenti l'information. «Cdiscount ne commercialise pas de téléphone portable à destination d'enfants de 4 à 10 ans, et n'a pas l'intention de le faire», indique un porte-parole.

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