L'impossible accord entre chasseurs et écolos
Muriel Frat
Le Figaro - 11 février 2003


Roselyne Bachelot participe aujourd'hui à l'Assemblée nationale à un débat sans vote sur l'épineux dossier

Roselyne Bachelot voulait être le ministre de la réconciliation entre chasseurs et écologistes. Les enjeux politiques du dossier ont ruiné son rêve. Neuf mois après sa nomination, «vieux fusils» et écolos s'étripent plus que jamais. La seule chose sur laquelle ils s'accordent : «On n'avance pas, le ministre de l'Ecologie n'est pas à la hauteur.»

Ils en veulent pour preuve le débat sans vote organisé, ce matin, à l'Assemblée nationale dans la «niche» du groupe UMP. «Pourquoi un débat sans vote ? Roselyne Bachelot aurait-elle peur d'affronter la représentation nationale ?», interrogent les chasseurs.

«Nous profitons de l'occasion qui nous est donnée pour faire un tour d'horizon complet sur le dossier, les mesures concrètes se déclineront dans les prochaines semaines», plaide l'entourage du ministre. Au cours du débat prévu pour durer quatre heures, Roselyne Bachelot se lancera dans un long exposé sur la place de la chasse, le statut des associations, le partage de la gestion des espaces naturels, les dates d'ouverture et de fermeture, le mercredi sans chasse.

«C'est un débat pour rien. En quatre heures, les parlementaires avaient parfaitement le temps de voter», regrette la Fédération nationale des chasseurs (FNC). «La situation n'a jamais été aussi déplorable depuis vingt ans parce qu'on se trouve dans le flou le plus complet», déplore Pierre Athanaze, président de France Nature Environnement (FNE) qui regroupe 3 000 associations. «Roselyne Bachelot est totalement instrumentalisée, les décisions ne se prennent pas Avenue de Ségur mais directement à Matignon. C'est ce qui explique ses revirements, elle ne sait plus où elle en est.» Dernier exemple en date de ces «volte-face» : le 15 janvier, le ministre expliquait devant l'Assemblée nationale que toute dérogation pour chasser en février était impossible. Le 4 février, elle signait des arrêtés autorisant ces dérogations pour les oies et les grives (lire encadré).

Même chose pour le futur Observatoire national de la faune sauvage, ce pôle d'expertise scientifique promis par le président de la République. «Le décret annonçant la création de l'Observatoire est sorti le 17 juillet. Depuis, plus rien. Le projet de texte sur sa composition et son fonctionnement rédigé par le ministère de l'Ecologie était si compliqué que Matignon a dû rédiger lui-même le nouveau projet qui va être publié prochainement», affirme une source proche du dossier.

La situation de Roselyne Bachelot n'est guère confortable. Car au-delà des débats sur les pigeons ramiers et autres oies cendrées, le dossier de la chasse est éminemment politique. L'UMP ne serait pas fâché de l'affaiblissement du mouvement Chasse-Pêche-Nature-Tradition (CPNT) aux élections régionales et européennes de 2004. Or, pour laminer le parti de Jean Saint-Josse (6,77% aux européennes de 1999), il est indispensable de donner satisfaction aux chasseurs. D'où l'insistance de Matignon, qui presse le ministre d'appliquer à la lettre les promesses du candidat Chirac avant l'élection présidentielle et les engagements de Jean-Pierre Raffarin à la veille des législatives. Les services du premier ministre s'impliquent d'ailleurs de plus en plus, y compris dans l'élaboration des textes.

Le ministre de l'Ecologie doit également compter avec le groupe chasse de l'Assemblée nationale qui réclame «urgemment un texte indépendant avant la prochaine saison». Ce groupe, l'un des plus importants avec 202 membres, représente une puissance de feu politique non négligeable.

Voilà pour la France d'en haut. Côté France d'en bas, l'exaspération est à son comble. Les présidents de fédérations de chasse, qui se sont souvent impliqués politiquement au moment de scrutins présidentiels et législatifs, perdent patience, tout comme les chasseurs de base qui ne voient venir aucune réforme en leur faveur. Tous poussent pour que les activités cynégétiques quittent le giron du ministère de l'Ecologie, soupçonné d'hostilité envers les chasseurs, pour être rattachées à celui de l'Agriculture.

Pour tenter de garder la main, Roselyne Bachelot a rencontré Jean-Pierre Raffarin, le dimanche 2 février. Elle aurait finalement obtenu le feu vert pour présenter, en avril, une loi sur le jour de non-chasse et le statut des associations. Le mercredi sans chasse, inscrit dans la loi Voynet de 2000, devrait disparaître. Pour Roselyne Bachelot, il n'y a, en effet, aucune raison pour que le jour de non-chasse soit fixé de Paris : il lui paraît plus judicieux de laisser les préfets choisir, en accord avec les fédérations. Les autres mesures seraient inscrites dans le projet de loi Affaires rurales présenté par le ministre de l'Agriculture en juin.

 

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