Militants légalistes et anti-chasse
Le Monde - 2 septembre 1999


ILS FONT SIGNER des pétitions, déposent des recours devant les tribunaux ou organisent des manifestations. Leurs actions peuvent être hautement médiatiques ou étonnamment discrètes. Ils sont écologistes, scientifiques, membres d'une association de protection de la nature ou même chasseurs.

Du côté des partisans de la chasse, on les englobe dans la catégorie des « procéduriers », des « Khmers verts », des « écologistes intégristes » et autres noms... d'oiseaux désignant l'ennemi des traditions cynégétiques. Versés dans une opposition de principe ou tenants d'une chasse « écologiquement responsable », ils sont acteurs du conflit avec les chasseurs, éparpillés en plusieurs associations face aux fédérations départementales de la chasse et au mouvement Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT).

« Par tradition, l'écologie associative française utilise le droit et le juge pour défendre sa cause », observe Lionel Brard, président d'honneur de France-Nature-Environnement, la principale fédération de protection de la nature en France , qui regroupe plus de 3 000 associations sur tout le territoire. « Nous sommes, dans l'ensemble, tous légalistes, et les éco-guerriers, comme les opérations coups de poing restent anecdotiques », assure M. Brard, qui vient d'être nommé par Lionel Jospin au Conseil économique et social (lire page 9).

De fait, les associations écologistes, qui s'affirment indépendantes du parti des Verts, se sont fait connaître pour leur opiniâtreté juridique. Le droit comme principal moyen d'action ? Ce choix est justifié par le très médiatique président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Alain Bougrain-Dubourg. « Les écologistes n'ont pas le même poids politique, ni la même influence que les chasseurs auprès des hommes politiques, explique-t-il. Il ne leur reste que le recours à la justice pour se faire entendre. »

Les écologistes ont multiplié les actions contentieuses contre les arrêtés ministériels ou préfectoraux liés à la chasse. Le Rassemblement des opposants à la chasse (ROC) affirme ainsi avoir formé plus de deux cents recours en dix ans ; l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), forte de 65 000 adhérents annoncés, en revendique plus de quatre cents en quinze ans. Beaucoup de décisions rendues ont été favorables aux écologistes, mais peu ont été suivies d'effets.

Amer, le président de l'Aspas, Alain Clément, observe que « les chasseurs, et les politiques, arrivent à contourner le droit ». Un constat partagé par l'ensemble des associations écologistes : les décisions limitant le droit à la chasse ne sont pas suivies d'effets ou sont rendues une fois la saison terminée.

Que faire, alors ? Le ROC prône, entre les lignes, l'interdiction de la chasse, position extrême critiquée aussi bien par les chasseurs que par les écologistes modérés. Par leur comportement, analyse-t-on à l'Association nationale des chasseurs écologiquement responsables (Ancer), les radicaux du ROC alimentent les extrémismes de l'autre bord. D'autres organisations privilégient des modalités d'action moins conflictuelles, même si, à l'image de la LPO et de son président, elles n'hésitent pas à se confronter directement aux chasseurs du Médoc ou du platier d'Oye, dans le Pas-de-Calais, au risque de menaces physiques.

La LPO se targue toutefois d'avoir signé une convention avec une fédération départementale de chasseurs dans l'Indre, signe, selon elle, de sa volonté de parvenir à une entente cordiale. FNE, qui se veut l'organisation en pointe sur la question, participe à tous les organes de conciliation.

Luc Bronner

 

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