Le « pompier pyromane » se veut à l'écoute de tous
Le Monde - 2 septembre 1999


POUR SORTIR la chasse « de l'anathème et des insultes », François Patriat n'aura pas hésité à parcourir au cours de l'été « plus de kilomètres que François Hollande [premier secrétaire du parti socialiste] pendant la campagne des élections européennes », selon sa formule. Sur le terrain, le député de Côte-d'Or slalome entre les mines, glisse quelques confidences, écoute religieusement et élabore son diagnostic. « La disparition du gibier en France n'est pas liée à la chasse, mais à la dégradation du biotope et de l'habitat », accorde-t-il aux chasseurs, ravis de voir ainsi reprise mot pour mot l'une des formules de campagne favorites de Jean Saint-Josse, le président de CPNT.

Devant les écologistes « associatifs », qui multiplient les actions en justice contre les arrêtés préfectoraux relatifs à la chasse (voir ci-dessous), M. Patriat déplore que les oiseaux migrateurs soient chassés « jour et nuit, douze mois sur douze ». Art du dosage ? « Horreur du manichéisme », répond-il.

Ecartant les extrémistes de tous bord, qui « refusent le dialogue et ont entraîné la disparition d'espèces ou leur prolifération », le « pompier pyromane », comme il se décrit lui-même, tente ainsi d'associer « les plus raisonnés » à l'élaboration de propositions répondant à la fois aux aspects les plus conflictuels du débat sur la chasse, mais aussi aux problèmes de sécurité pour le promeneur du dimanche, de dégâts de gibier et de réforme des structures locales et nationales de chasseurs. Avec toujours la même devise : « En matière de chasse, je n'ai que des doutes, pas de certitudes », et les mêmes anecdotes : « je suis un très mauvais fusil. Quand je rate une bécasse, je suis furieux, quand j'en tue une, je suis malheureux ».

De la Somme à l'Ardèche, il « appréhende les problèmes qu'[il] ne connaît pas et qu'[il] aspire à découvrir », s'émerveille sur l'Outrade, découvre auprès des chasseurs au gibier d'eau l'art de « faire poser cent quatre vingt oies sur une mare ». Mais dans les salles des fédérations de chasse, les photos de cerfs « prises de son balcon » qu'il fait circuler autour de la table ne suffisent pas toujours à attendrir l'auditoire. « La nature a horreur du vide, lui rappelle le président d'une fédération du Poitou-Charentes. Si les parlementaires ne font pas leur travail, ne vous étonnez pas que d'autres prennent votre place ». Gérard Fontenay, conseiller général CPNT de Poitou-Charente se veut plus explicite : « En Charente-Maritime, les chasseurs pèsent plus de 16 % des voix. Chez nous, le premier député qui vote contre la chasse, il est mort. »

Alexandre Garcia

 

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