Les mauvais comptes de la chasse française
Sud Ouest - 19 avril 1999

Les milieux cynégétiques français, qui traversent une forte zone de turbulences, avec le classement de l'ortolan dans les espèces protégées, la non-conformité de la loi de juillet 1998 avec la directive 79-409 pour les périodes de chasse aux oiseaux migrateurs et la probable condamnation de la loi Verdeille par la cour européenne des droits de l'homme, risquent d'être prochainement confrontés à de désagréables affaires financières.

En effet, depuis plusieurs semaines, la justice et l'administration s'intéressent de très près aux comptes des fédérations et notamment aux indemnités que s'octroient certains présidents. Ainsi la section financière du parquet, vient d'ouvrir une enquête sur la comptabilité de la fédération de Paris et les dépenses de son président Jacques Bodin. Selon les premières informations, cet ami de Michel Charasse ou de François de Grossouvre, l'ancien responsable des chasses présidentielles de François Mitterrand, aurait largement profité de son poste fédéral pour améliorer son train de vie. Il serait question d'une indemnité annuelle de près de 200.000 francs, de notes de restaurant à hauteur de 160.000 francs pour un seul exercice, ou de 190.000 francs de frais pour un colloque qui n'a jamais eu lieu.

Ce ne sont pas des dénonciations écologistes qui ont mis les enquêteurs sur la piste, mais des révélations d'administrateurs de la même fédération. Il faut savoir qu'un président de fédération occupe normalement cette fonction à titre gratuit. Selon l'Office national de la chasse, il est simplement prévu dans les statuts officiels que pour qu'il puisse faire face à ses frais de représentation, un président perçoive au maximum 16400 francs d'indemnités par an, auxquels s'ajoutent le remboursement de trois repas par semaine pour un total annuel plafonné à 12800 francs et enfin des indemnités kilométriques correspondant à deux voyages par semaine entre son domicile et la fédération. Les frais de déplacement pour un réunion à Paris, par exemple, sont également intégralement remboursés ou directement réglés par les fédérations.

Le problème est que des présidents, dont certains du Grand Sud-Ouest, bénéficieraient d'indemnités de représentation largement supérieurs au plafond autorisé. Là encore, des enquêtes sont ouverts et des redressements fiscaux annoncés. On aurait découvert par ailleurs que certains responsables cynégétiques n'hésitaient pas non plus, à se faire rembourser deux ou trois le même billet d'avion, par différentes instances officielles.

Enfin, il ne ferait plus aucun doute pour l'administration que des sommes parfois importantes ont été versées par les fédérations au mouvement CPNT (Chasse, pêche, nature et traditions), lors des dernières élections régionales de 1998. Parfois directement ou de façon plus subtile par le biais d'associations " de complaisance ", qui servaient à faire transiter et à blanchir les dons.

Pierre Verdet

 

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