Voynet ménage ses économies d'énergie
Présenté hier, son plan fait l'impasse sur les transports.
Par CATHERINE COROLLER
Libération - 7 décembre 2000


Dépenser moins d'énergie. Et augmenter la part des énergies renouvelables. Tels sont les deux objectifs du programme national d'amélioration de l'efficacité énergétique que Dominique Voynet, la ministre de l'Environnement, a présenté hier. Après des années d'immobilisme, la France s'est enfin résolue à lancer un double plan de maîtrise de l'énergie, mais surtout, de développement des énergies renouvelables, à l'instar de ce qu'ont fait d'autres pays européens comme l'Allemagne. La réalisation de ces objectifs devrait lui permettre de limiter ses émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990.

Report. Lionel Jospin avait promis ce plan le 11 septembre, Dominique Voynet l'a dévoilé hier en présence de Jean-Claude Gayssot, le ministre des Transports et de Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'Industrie. Entre-temps, les associations écologistes Greenpeace, les Amis de la terre, le Réseau action climat et Agir pour l'environnement avaient dénoncé «le report de la présentation du plan d'économies d'énergies». La semaine dernière, l'entourage de Dominique Voynet reconnaissait en effet que les négociations avec Bercy sur le financement d'un certain nombre de mesures n'avançaient pas.

Hier, pourtant, branle-bas de combat. Dans la matinée, le ministère de l'Environnement annonce qu'il va lever le voile sur son programme. Les derniers arbitrages ont abouti le matin même, et l'examen du collectif budgétaire commence l'après-midi à l'Assemblée nationale. Or, certaines mesures, comme le crédit d'impôts de 10 000 francs pour l'achat d'un véhicule propre (roulant au GPL, au GNV, gaz naturel pour véhicules, ou hybride électricité-essence), doivent être approuvées par les députés pour pouvoir entrer en vigueur début 2001.

Court-circuitage. Par ailleurs, Dominique Voynet ayant été prise de vitesse par le secrétaire d'Etat au Logement, Louis Besson, qui a annoncé unilatéralement, le jeudi 30 novembre, une nouvelle réglementation thermique pour les bâtiments neufs, a tenu cette fois à «assurer son propre service après-vente» sans risquer à nouveau le court-circuitage.

Malgré ses ambitions, ce programme souffre pourtant de quelques lacunes. Il fait l'impasse sur les transports, qui réalisent pourtant la plus forte croissance des émissions de gaz à effet de serre. La seule mesure prévue en la matière est le crédit d'impôt pour l'achat de véhicules propres. Mais il s'agit largement d'un vœu pieux puisque les voitures particulières roulant au GNV ne sont pas homologuées. Et que les hybrides n'existent que sous forme d'un seul modèle Toyota, la Prius, qui est sortie il y a à peine un mois.

Le plan ne dit rien, en revanche, du bridage des moteurs à 130 km/h, ou de l'augmentation de la fiscalité des carburants. De la même manière, sur le logement ancien, pour lequel Louis Besson n'avait pas précisé d'enveloppe, les ministres ont expliqué hier que les mesures d'aide au financement des travaux d'isolation sont encore à l'étude. Anticipant les critiques, Dominique Voynet a précisé que ce programme ne représentait qu'une première étape. «C'est un chantier pour une génération. La tâche est considérable. Tout est à refaire après des décennies d'immobilisme», a-t-elle déclaré.

Pour 2001, le programme va bénéficier de 1,5 milliard de francs de fonds publics. Une somme modeste. Mais, «par effet de levier», ce sont 15 milliards de francs par an d'investissements publics et privés qui devraient aller aux énergies renouvelables et à la maîtrise de l'énergie à l'horizon 2010, a affirmé Dominique Voynet.

Ponction. Par ailleurs, l'usager sera directement ponctionné. Pour contribuer au développement des énergies renouvelables, les factures d'électricité augmenteront progressivement, pour atteindre un surcoût de 1,1 centime du kilowattheure en 2010. Côté maîtrise de l'énergie, le programme prévoit le lancement d'une campagne antigaspi. Et la mise en place dans toute la France d'un réseau d'information de proximité, des «Points Info Energie», à destination des particuliers, petites entreprises et collectivités locales.

Côté développement des énergies renouvelables, deux mesures principales sont prévues. Les entreprises qui fabriquent des équipements permettant l'utilisation des énergies renouvelables, par exemple, du matériel de chauffage solaire, se verront offrir des prêts spéciaux. Et EDF rachètera l'énergie produite par l'éolien et les petites centrales hydroélectriques à un prix garanti de 36 à 55 centimes le kilowattheure. Les prix de rachat des autres énergies renouvelables, comme le photovoltaïque ou la biomasse, sont encore en discussion.

 

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