Sommet international sur les changements climatiques :
M Chirac appuie la position européenne
ONG françaises - 21 novembre 2000

Lundi matin, M le Président faisait une déclaration remarquée à La Haye, lors de l'ouverture officielle de la sixième conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. M Chirac a affirmé que l'Europe prendrait " toute sa part " dans la lut te contre le changement climatique, en mettant en place " un accord équitable, efficace, évolutif ".
M.Chirac rappelle la nécessité de la mise en place de sanctions pour les pays ne respectant pas leurs engagements, et la volonté de ne pas recourir à plus de 50% de permis à polluer pour le respect des engagements de réduction d'émissions. Il suggère également l'augmentation du fonds qui finance les transferts financiers et technologiques vers les pays du Sud. Il exprime le refus des puits de carbone dans la première période d'engagements, il demande la taxation du kérosène, et fait part de sa volonté d'aller vers une répartition équitable par personne des émissions de gaz à effet de serre. La position Européenne a donc été martelée par son Président. Mais M Chirac s'est aussi permis une petite pique en direction des Etats-Unis, premier émetteur mondial, pour qui " le moment est venu de rejoindre les grands pays industrialisés, pour réussir ensemble la transition vers une économie sobre en énergie ", et a souligné la nécessité d'intégrer au mieux les Pays du Sud, qui " subissent, parce qu'ils n'ont pas les moyens de modifier leurs pratiques et leurs politiques ".
Enfin, dans une allusion discrète, M Chirac a évoqué l'extension des prélèvements sur les mécanismes de flexibilité (dont les permis de CO2), pour alimenter un fonds destiné aux pays du Sud, ce qui leur permettrait de moins dépendre de la bonne volonté des pays du Nord, qui n'ont jamais respecté leurs engagements d'aide au développement.
C'est donc un geste important dans un contexte où nous sommes inquiets de la possible inclusion de nombreuses " échappatoires ", tels les puits de carbone ou le nucléaire dans les pays en développement, qui dispenseraient le Nord de réduction d'émissions réelles.
Pour autant, si la position Européenne est vaillamment défendue, les ONG françaises présentes sur place attendent la traduction nationale de ces beaux principes. La mise en place de la taxe sur le kérosène au niveau européen est évoquée depuis des mois sans avancée notoire. En même temps, le gouvernement annonce la création d'un troisième aéroport dans le bassin parisien, infrastructure lourde, coûteuse, et qui ne pourra que favoriser le trafic aérien pourtant incriminé. De même, le plan d'économies d'énergie est évoqué dans le discours du Président. Nous rappellerons juste qu'il fut annoncé par M Jospin lors du sommet sur le climat de Lyon en septembre, juste après la suppression de la vignette auto, seule taxe proportionnelle aux émissions de CO2.
M.Chirac l'a dit, " nous devons nous attaquer aux sources d'émissions les plus difficiles à maîtriser : les transports, le bâtiment. ". Il a également indiqué que l'on ne pouvait pas bouleverser les structures et les habitudes. C'est une bonne raison pour ne pas poursuivre des choix d'infrastructures de transports routiers favorisant le développement du tout camion en relançant le programme autoroutier français au détriment des autres modes de transports. Si les ONG n'avaient pas connu M Chirac comme Premier Ministre et comme Président, elles lui auraient volontiers décerné le trophée de l'homme politique le plus écolo du jour.
En attendant, les ONG attendent de la France qu'elle mette en cohérence ses politiques publiques en matière de développement d'énergie renouvelable, d'économie d'énergie, de choix d'infrastructure de transports pour les décennies à venir afin de respecter ses engagements internationaux.

Karim LAPP / Agir pour l'Environnement

Philippe QUIRION / Les Amis de la Terre

Sylvain GODINOT / Réseau Action Climat France

 

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